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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 13:36

René Char ne voulait pas écrire de « poème d'acquiescement », Benjamin Forel ne fera pas de théâtre d'assentiment ou de convenance.

Théâtre de l'éphémère qui ne sera joué que quelques rares fois et qui chaque fois nous fera découvrir de nouveaux textes, L'Autre Route reste fidèle aux idéaux de la Troupe du Levant qui s'applique à transporter le théâtre en dehors de l'espace théâtral. Le Club-Théâtre / Lavoir n'est en effet nullement un théâtre et pourtant la Troupe en fait un lieu de théâtralisation de tout type d'écriture : ici c'est un plaidoyer de Victor Hugo, là un poème de Sohrab Sepehri, un aphorisme de Sayd Bahodine Majrouh ou encore un texte d'Atiq Rahimi.

Le spectateur, mêlé quoiqu'il arrive à son siècle, percevra sans doute un écho aux récents événements qui se sont joués sur la scène du Proche et du Moyen-Orient et l'on serait tenté de chercher dans L'Autre Route un rôle politique voire révolutionnaire : nulle analyse ne serait plus sommaire. Benjamin Forel n'est pas ici penseur politique, il ne se fait pas le héraut d'un parti ou d'une école, ni l'illustrateur d'une quelconque idéologie, mais son analyse des rapports sociaux se lit à travers le choix des textes de Rahimi, Majrouh, Sepehri et Hugo. En 1877, dans un discours aux ouvriers lyonnais, ce dernier récusant la théorie d'une utilité directe de l'art, préférera l'idée d'une « conscience armée » à celle d'une littérature engagée ; Benjamin Forel s'emploie avec L'Autre Route à aiguiser cette conscience.

Aussi a-t-il fait le choix de la violence car reconnaissons-le, les textes de Rahimi, Majrouh, Sepehri et Hugo sont aussi beaux qu'ils sont durs et puissants. Bien différent du langage-calembour auquel le metteur en scène et ses comédiens nous avaient habitués dans Les Sonnets ou Edouard II, le langage poétique a renoncé à n'être qu'expression pour devenir acte et découverte. Les partis pris de mise en scène importent très largement autant que les textes eux-mêmes, le silence que les quatre comédiens mutiques rendent incroyablement éloquent est notamment travaillé avec brio et justesse. Les textes s'en trouvent alors d'autant plus sublimés, ces textes qui n'ont pas été écrits pour le théâtre, ces textes dont l'ambition n'était pas d'être joués mais dont Benjamin Forel parvient à nous faire croire que le désir était bien de l'être. Le jeu de Thibault Guinamand, Simon Libeaut, Stéphane Perrichon et bien sûr Inès Plancher reste enfin à saluer car tous quatre livrent là une performance saisissante, tant violente que troublante.

 

fragmentsdu17octobre


Sans aucune condescendance et avec une attention toute particulière portée à l'impact produit par cette nouvelle création, Benjamin Forel met en scène le désir et la violence qui s'engouffre et semble se démultiplier, une violence qui aliène les hommes et gangrène plus d'un peuple au proche et moyen Orient mais aussi en Asie centrale dont est originaire Sepehri.

Benjamin Forel semble bien avoir compris que l'activité artistique était toujours volontairement ou non engagée, qu'elle ne se dissociait pas de l'Histoire et de la vie d'une société ; L'Autre Route, fragments de vies mais de vies volées, c'est quarante minutes à respirer avec ceux qui se taisent, à écouter ceux qui sont réduits au silence.

Charlotte Belleinguer 

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Published by la Troupe du Levant
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Manifeste

On n'entreprend rien, certes, si ce n'est contre le gré de tous. Et, depuis quelques années,
nous avions dû nous accoutumer au murmure des voix décourageantes. Nous avons entendu
les avertissements ironiques des gens de métier auxquels la vie n'a rien laissé que leur stérile expérience,
les prévisions pessimistes des timides et des sceptiques, les conseils des satisfaits enclins à prôner
l'excellence des divertissements dont ils se repaissent, les remontrances des amis sincèrement émus de nous
voir hasarder toutes nos forces à la poursuite d'une chimère.
Mais les mots n'ont point de prise sur qui s'est délibérement sacrifié àune idée, et prétend la servir.
Par bonheur nous avons atteint l'âge d'homme sans désespérer de rien.
A des réalités détestées, nous opposons un désir, une aspiration, une volonté.
Nous avons pour nous cette chimère, nous portons en nous cette illusion qui nous donne le courage
et la joie d'entreprendre. Et si l'on veut que nous nommions plus clairement le sentiment qui nous anime
la passion qui nous pousse, nous contraint, nous oblige, à laquelle il faut que nous cédions enfin:
c'est l'indignation.
Puisque nous sommes jeunes encore, puisque nous avons conscience du but et des moyens pratiques
pour y atteindre, n'hésitons pas.
Que rien ne nous détourne plus. Laissons là les activités secondaires. Mettons nous d'un seul coup en face
de notre tâche. Il la faut attaquer à pied d'oeuvre. Elle est vaste et sera laborieuse.
Nous ne nous flattons guère de la mener à bout. D'autres que nous, peut être, achèveront  l'édifice.
Essayons au moins de former ce petit noyau d'où rayonnera la vie, autour duquel l'avenir fera ses grands apports.

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