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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 20:09

 

 

Il faut absolument aller voir cette adaptation japonisante d’ « Hedda Gabler », la célèbre pièce d’Ibsen ! La mise en scène très élaborée de Benjamin Forel est proprement sublime. D’une intensité dramatique et d’une beauté à couper le souffle. Le personnage d’Hedda tel que l’a créé le grand dramaturge norvégien est d’abord  une sorte d’Emma Bovary nordique qui s’ennuie littéralement à en mourir. A cause de la médiocrité de son mari Jorgen et de son milieu petit bourgeois étriqué. Elle est assoiffée de liberté. Elle a besoin de se sentir exister. Elle est également dévorée par la jalousie et un orgueil démesuré. C’est pourquoi la victime qu’elle est (ou qu’elle croit être) devient  manipulatrice  criminelle et finalement suicidaire. Mais elle reste impénétrable et énigmatique. Elle est à la fois pathétique et terrifiante. L’adaptation de la pièce par la Troupe du Levant comporte un prologue qui n’est pas sans rappeler celui de l’Antigone d’Anouilh et qui d’emblée inscrit la représentation dans la longue tradition culturelle occidentale avant que soit convoqué le théâtre Nô, peut-être pour souligner le caractère universel de la tragédie. D’emblée la thématique est annoncée et le ton donné : il s’agit d’une quête du bonheur, signe de rébellion, qui va conduire à la mort. La mise en scène fourmille de trouvailles. La comédienne qui joue le rôle titre, le révolver à la main, tour à tour tournoie de façon vertigineuse au sein d’une violente tempête puis vise successivement chacun des membres de son entourage et le public, ce qui met l’accent sur sa folie et sa dangerosité.  Les acteurs sont soulevés, tirés et poussés comme  des marionnettes lors de leurs entrées et de leurs sorties, ce qui suggère qu’ils échouent systématiquement dans  leurs multiples efforts pour s’affranchir de tout ce qui les empêche de vivre pleinement leur vie. Ce parti pris a également l’avantage de représenter une mise en abyme intéressante et une illustration du destin tragique des personnages. Oui,  ce sont bien là des créatures manipulées à plus d’un titre : par Ibsen, par le metteur en scène, par les conventions sociales et par des pulsions qu’ils ne maîtrisent pas. Les savantes chorégraphies auxquelles se livrent les comédiens, leur maquillage qui confine à des masques et qui oblitère la lecture de leurs sentiments, leur gestuelle tantôt lente, tantôt statique, tantôt impétueuse, tour à tour codifiée et démonstrative, les magnifiques costumes japonais, éclatants de couleurs, l’omniprésence de linges blancs qui évoquent un immense  linceul, les percussions réalisées sur le plateau accompagnant et amplifiant le crescendo de l’angoisse, tout contribue à transformer le spectacle en rêve éveillé,  magnifique et envoûtant, et aussi en cérémonie à la fois rituelle et étrange. Ainsi nous sont  parfaitement et merveilleusement restituées la captivante et fascinante opacité d’Hedda ainsi que la dimension mythique de son histoire.

Nous sommes arrivés vendredi 1er juillet au Théâtre La Luna pour l'installation du décor.

 

A 12h. 50 à La Luna, 1, rue Séverine. Jusqu’au 31/7. Tel : 04 90 86 96 28

Angèle Luccioni

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Published by la Troupe du Levant
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Manifeste

On n'entreprend rien, certes, si ce n'est contre le gré de tous. Et, depuis quelques années,
nous avions dû nous accoutumer au murmure des voix décourageantes. Nous avons entendu
les avertissements ironiques des gens de métier auxquels la vie n'a rien laissé que leur stérile expérience,
les prévisions pessimistes des timides et des sceptiques, les conseils des satisfaits enclins à prôner
l'excellence des divertissements dont ils se repaissent, les remontrances des amis sincèrement émus de nous
voir hasarder toutes nos forces à la poursuite d'une chimère.
Mais les mots n'ont point de prise sur qui s'est délibérement sacrifié àune idée, et prétend la servir.
Par bonheur nous avons atteint l'âge d'homme sans désespérer de rien.
A des réalités détestées, nous opposons un désir, une aspiration, une volonté.
Nous avons pour nous cette chimère, nous portons en nous cette illusion qui nous donne le courage
et la joie d'entreprendre. Et si l'on veut que nous nommions plus clairement le sentiment qui nous anime
la passion qui nous pousse, nous contraint, nous oblige, à laquelle il faut que nous cédions enfin:
c'est l'indignation.
Puisque nous sommes jeunes encore, puisque nous avons conscience du but et des moyens pratiques
pour y atteindre, n'hésitons pas.
Que rien ne nous détourne plus. Laissons là les activités secondaires. Mettons nous d'un seul coup en face
de notre tâche. Il la faut attaquer à pied d'oeuvre. Elle est vaste et sera laborieuse.
Nous ne nous flattons guère de la mener à bout. D'autres que nous, peut être, achèveront  l'édifice.
Essayons au moins de former ce petit noyau d'où rayonnera la vie, autour duquel l'avenir fera ses grands apports.

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